
Vous êtes de plus en plus nombreux à suivre son actualité sportive. Dans les groupes de discussions, les réseaux sociaux et les revues spécialisées, il est devenu un incontournable. Professionnel IFBB depuis janvier 2010, il a aussi été l’un des rares Français à se classer dans un top 3 en championnat du monde amateur. Sa licence professionnelle en poche, il a déjà enchaîné quatre participations en Grands Prix et c’est au terme d’une série de quatre compétitions que nous avons pu recueillir ses impressions. Avec la générosité qui le caractérise, Alexandre Nataf nous livre son parcours de compétiteur, sa vision du bodybuilding américain et une analyse de ses premiers concours professionnels. Nataf, c’est du lourd… en toute simplicité.
FLEX: Bonjour Alexandre, ça fait un petit moment qu’on te voit sur les scènes françaises et internationales. Cette passion du body, ça t’a pris quand, et pourquoi?
ALEXANDRE NATAF: J’ai toujours été attiré par la musculation et les physiques “bodybuildés”. Avant de m’y mettre sérieusement, je pratiquais la natation et je m’entraînais déjà chez moi avec des haltères que j’avais achetés. Plus jeune, j’étais très impressionné par Arnold Schwarzenegger et Lou Ferrigno. D’ailleurs, au collège, j’adorais imiter “L’incroyable Hulk” en déchirant mes vêtements, au grand désespoir de ma mère. J’ai commencé à m’entraîner plus sérieusement à dix-huit ans lorsque j’ai arrêté la natation. Je pesais alors 75 kg.
FLEX: Tu es plutôt du genre à prendre de la masse facilement ou, au contraire, c’est la guerre de la fourchette pour prendre 500 g?
AN: Dès le début, j’ai rapidement progressé et j’ai participé à mon premier concours chez les juniors à un poids de corps de 90 kg, pas trop gras. À cette époque, j’habitais encore chez mes parents et je mangeais donc ce que ma mère nous préparait. Je ne prenais même pas de protéines en poudre, ni aucun supplément mais, avec le recul, je me rends compte que j’avais déjà une alimentation plutôt saine. Par la suite, j’ai déménagé à Lille pour y faire mes études de médecine et c’est là que j’ai commencé à m’intéresser de plus près à la diététique. J’ai progressé de façon constante et j’ai toujours pris un ou deux kilos de muscle par an. Je crois pouvoir dire que la prise de masse n’est pas vraiment un problème pour moi.
FLEX: Tu as remporté les championnats de France en 2009 après avoir tout raflé dans les autres fédérations. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de venir te révéler à l’IFBB?
AN: À mes débuts, je n’imaginais pas qu’un jour je deviendrais pro IFBB. Je ne pensais même pas faire de la compétition; j’aimais juste m’entraîner le plus intensément possible et voir mon physique se transformer. Puis la personne qui tenait la première salle où je m’entraînais m’a dit un jour que j’avais le physique pour faire de la compétition et, comme le club était licencié dans une autre fédération, je ne me suis pas posé de questions. Mais à mesure de mes progressions dans les classements et après avoir gagné pas mal de titres dans d’autres fédérations, je me suis rendu compte que pour aller plus loin et me mesurer aux meilleurs, il me fallait rejoindre l’IFBB.
FLEX: Peux-tu nous donner une analyse de ces premiers concours pro auxquels tu as participé, de la compétition aux résultats?
AN: Pour mon premier concours à Tampa, j’étais motivé comme jamais et je me suis donné au maximum, tant au niveau du régime que de l’entraînement. Pourtant, je n’étais pas aussi prêt que j’aurais pu l’être et je me suis classé 11e sur 22 compétiteurs, à un poids de 118 kg. J’étais déçu car mon objectif était d’être dans le top 10, mais finalement pas si mécontent que ça d’être tout de même classé. N’oublions pas que je suis un Français, récemment passé pro, pas du tout connu aux U.S.A. et sans sponsor américain. Une semaine plus tard, à Hartford, je me suis présenté à 116 kg, beaucoup plus en forme qu’à Tampa, sans doute la meilleure forme que j’aie affichée jusqu’à aujourd’hui. Malgré tout, je n’ai pas fait mieux que 14e sur 21 avec un plateau presque identique à celui de Tampa. C’est après ce concours que j’ai compris que les jugements ne tenaient pas compte que du physique. Un mois plus tard, à Dallas, je suis arrivé tout juste deux jours avant la compétition, épuisé et sans bagages car on avait perdu mes valises. En plus, j’ai eu la mauvaise idée de faire un petit rebond glucidique la veille: sur scène j’étais voilé et pas au top de ma forme. Je ne me suis même pas classé. Enfin, je n’avais pas prévu de faire le show à Madrid. Mais les concours pro sont rares en Europe et il aurait été vraiment dommage de ne pas y participer. Du coup, j’ai voulu arriver en meilleure forme qu’à Dallas et j’ai serré le régime au maximum (trois jours sans glucides avant la compétition), mais j’étais de nouveau voilé sur scène alors que la veille, au soir, ma forme était bien meilleure. Je me demande si je n’ai pas plutôt intérêt à ne rien faire du tout avant une compétition et à suivre mon régime standard, sans couper ni l’eau, ni le sel, ni les glucides, comme je l’ai fait pour Hartford.
FLEX: Quel est à ce jour ton plus beau souvenir dans ta carrière de culturiste?
AN: Je crois que cela reste ma place de troisième aux championnats du monde IFBB 2009 au Qatar. Ce n’est pas mon meilleur classement, mais c’était un challenge pour moi et le fait d’avoir fait un podium m’a permis d’obtenir une certaine reconnaissance de l’IFBB sur le plan international et surtout l’opportunité de pouvoir peut-être obtenir ma licence professionnelle.
FLEX: Selon toi, cette histoire de tan unique pour tous les compétiteurs, c’est du business ou un simple souci esthétique?
AN: Les deux. C’est un gros business mais aussi une bonne chose, en tout cas sur le plan purement “compétition”. De cette manière, tous les athlètes ont la même teinte sur scène et il n’y a pas de couleur qui défavorise ou qui avantage un athlète. Après, je sais que le “Jan Tana” (puisqu’il s’agit de celui-là) ne réussit pas à tout le monde. Personnellement, si je le passe trop longtemps avant la compétition, la couleur vire au vert. D’ailleurs, pour tous les concours pro auxquels j’ai participé, il a fallu que j’en repasse une couche avant de monter sur scène.
FLEX: Penses-tu qu’être européen est réellement un handicap quand on concourt aux U.S.A.?
AN: Pour être tout à fait franc, oui je pense que le fait d’être européen, mais surtout de ne pas être américain, est un handicap en bodybuilding, quoi que l’on puisse dire. Pratiquement tous les compétiteurs aux États-Unis sont sur les pages des magazines ou sur internet; les juges se font déjà une idée de leur physique et, même s’ils sont impartiaux, ils ne vont pas porter sur eux le même regard que sur quelqu’un qu’ils n’ont jamais vu auparavant.
FLEX: Tu envisagerais de t’installer aux U.S.A. pour vivre pleinement ta passion?
AN: J’y ai déjà pensé, mais il faut bien vivre de quelque chose et en tant que médecin il faudrait que je repasse pas mal d’examens pour pouvoir m’installer aux U.S.A. Ce serait compliqué, car la fac est déjà loin derrière moi. Et puis quitter mon métier pour me lancer dans une autre activité, comme le coaching, sans aucune garantie de réussite, cela serait complètement irresponsable.
FLEX: Que te manque-t-il pour te rapprocher du podium?
AN: Il me manque déjà quelques centimètres dans chaque bras, c’est certain, mais surtout une définition et une qualité musculaire plus poussées. Aussi, comme je le disais, il faut un minimum de notoriété auprès des juges, des sponsors et des magazines spécialisés.
FLEX: Tu viens de boucler deux années très denses où tu as participé à près de dix compétitions. Tu prévois de prendre un peu de repos?
AN: Je n’arrive pas à me reposer. Tous les ans je me dis: “Bon, cette année tu prends deux semaines de repos après chaque compétition”, mais je n’y arrive pas. J’adore m’entraîner et si je reste quelques jours sans aller à la salle, ça me manque tout de suite. Tant que je suis en état de m’entraîner, il n’y a pas de raison pour que je n’y aille pas.
FLEX: Qui est le pro que tu admires le plus et pourquoi?
AN: J’ai toujours été un grand fan de Ronnie Coleman et je n’ai jamais vu mieux que lui, lorsqu’il était à son meilleur niveau. Il avait tout: la ligne, un volume hors norme et une sèche de folie. Il lui manquait juste un peu de mollets.
FLEX: Tes impressions sur les résultats du dernier Olympia?
AN: Avec tout le respect que je lui dois, je ne pense pas que Jay Cutler méritait de gagner cette année. Il était très volumineux et très large, mais il n’avait ni la qualité ni la forme nécessaires pour gagner. Personnellement, j’aurais mis Phil Heath premier.
FLEX: Tu es quelqu’un de très apprécié parmi les bodybuilders. Comment expliques-tu cela?
AN: Disons que j’essaie d’être toujours à l’écoute des gens et de leur répondre le plus simplement possible, même si des fois je suis fatigué de toujours répondre aux mêmes questions: “ Combien tu pèses? Combien tu soulèves au couché? Qu’est-ce que tu penses de la créatine? etc.” D’une manière générale, j’essaie de rester simple et de garder les pieds sur terre car c’est un milieu où l’on a vite fait de prendre la grosse tête.
FLEX: Alexandre Nataf, c’est combien de steaks par jour?
AN: Je prends toujours sept repas par jours, en préparation ou hors saison. Mes trois repas principaux sont exclusivement composés de protéines solides (en général 300 g de viande maigre, de blanc de poulet ou de poisson). Pour les autres, je fais souvent un mélange d’aliments solides et de protéines en poudre, ou parfois uniquement de la poudre, suivant les horaires. Je consomme environ 420 g de protéines par jour, ce qui représente à peu près 3 g par kilo de poids de corps. Lorsque je suis au régime, mon apport en protéines ne change pas; je diminue juste les glucides et les lipides en fonction de ma forme. Je ne me pèse même pas, je regarde le miroir toutes les semaines et j’adapte mes apports caloriques au besoin. Ces deux dernières années, j’ai remplacé une partie de mes glucides, qui avaient tendance à dilater mon estomac, par des lipides, sans modifier mon apport calorique. Je consomme environ cinq mille calories par jour, ce qui n’est pas si énorme que ça par rapport à mon poids de corps.
FLEX: Quels types de suppléments consommes-tu avant l’entraînement?
AN: Avant l’entraînement, je ne prends pas de supplément particulier en dehors de mon repas préentraînement. Les “boosters” ne me réussissent pas spécialement.
FLEX: Et après?
AN: Après l’entraînement, je prends toujours des BCAA, de la glutamine et de la créatine en fonction de la période, et bien sûr des protéines (solides ou liquides) dans l’heure qui suit.
FLEX: Quel style d’entraînement privilégies-tu?
AN: J’ai toujours été friand d’entraînements basiques et lourds mais, ces dernières années, j’ai ajouté pas mal de techniques d’intensification telles que les supersets ou les séries dégressives. Cela stimule le muscle différemment, ce qui me permet d’apporter un peu de variété dans mes entraînements. Aussi, cela me permet de préserver mes articulations puisque cela m’oblige à prendre moins lourd.
FLEX: Combien d’heures par semaine passes-tu en salle d’entraînement?
AN: Je sollicite chaque groupe musculaire une fois par semaine, sur un cycle de sept jours. Je passe généralement douze heures par semaine à la salle, cardio inclus.
FLEX: Tu as une paire d’épaules démentielle. C’est génétique ou bien tu as mis au point une technique spéciale grosses épaules?
AN: À mon avis, c’est génétique car mes épaules ont été l’un de mes points forts dès mes débuts. Je pense aussi que la natation, que j’ai pratiquée durant des années, y est pour beaucoup. Certaines personnes, dont ma femme, me conseillent de ralentir l’entraînement des épaules, car elles ont vraiment beaucoup d’avance sur le reste.
FLEX: Tu as fait des progrès spectaculaires ces dernières années, notamment au niveau du développement des dorsaux. Quel conseil donnerais-tu à ceux qui manquent de dos?
AN: J’essaie de me remettre en question tous les ans afin d’améliorer mes points faibles. D’une manière générale, comme pour tous les autres groupes musculaires, je préconise les exercices aux poids libres, avec barres et haltères. Les dorsaux, selon moi, réagissent mieux aux exercices de base lourds. Je crois que c’est le seul groupe musculaire que je n’ai jamais travaillé autrement que lourd et basique. En général, je choisis trois mouvements (quatre séries par exercice) pour tous les muscles, sauf pour le dos où je fais quatre exercices afin de solliciter tous les muscles accessoires.
FLEX: Des personnes que tu souhaiterais remercier?
AN: Je tiens tout particulièrement à remercier ma femme, Véronique, qui m’a toujours soutenu et qui me supporte au régime malgré mes sautes d’humeur. Je remercie également toutes les personnes qui m’ont soutenu ou encouragé, sur internet ou ailleurs, même si je ne les connais pas toujours. Pour finir, et pour répondre à plusieurs personnes qui m’ont déjà posé la question: désolé si je n’accepte pas tout le monde comme ami ou si je ne réponds pas à tout le monde sur Facebook, mais j’ai tellement de demandes que je n’ai pas toujours le temps de faire le tri ni de lire tous les messages. FLEX
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